Cinéphile m'était conté ...

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Amérique du Sud


Prenez et mangez (Cadavre exquis)

"Prenez et mangez, ceci est leur corps." Les paroles de Jésus, légèrement modifiés, correspondent au thème du premier livre de l'argentine Agustina Bezterrica, ironiquement intitulé Cadavres exquis. L'humour noir est pourtant assez peu présent dans ce livre allégorique où suite à un virus les animaux ont presque tous disparu de la surface de la Terre. Résultat : le cannibalisme est devenu la norme (passons sur les détails). Déjà, le postulat de départ pose question tant il semble que l'évolution de nos sociétés mène plutôt à une consommation de moins en moins importante de viande. mais il est vrai que l'Argentine est un cas à part avec son goût immodéré pour les asados. Il est évident que la romancière dénonce la barbarie humaine vis-à-vis des animaux dans cette fable nauséabonde sous forme d'apologue et le moins que l'on puisse dire est qu'elle ne fait pas dans la dentelle. Ses descriptions sont d'une précision extrême, notamment pour décrire les rituels d'un abattoir (qui étaient déjà montrés dans Le sang des bêtes de Franju, en 1949, soit dit en passant) et si Bezterrica cherche le malaise, elle le trouve évidemment, se vautrant, le mot n'est pas trop fort, dans l'atrocité. De quoi donner la nausée mais c'est bien entendu le but. On peut d'ailleurs s'interroger sur cette littérature qui vise à montrer les plus mauvais côtés de l'humanité, à l'instar du détestable (ok, pas pour tout le monde) My absolute Darling. Ceci dit, le style glacial de l'auteure et sa capacité à créer un personnage très fort et ambigu, atténue quelque peu les grandes réserves que l'on est susceptible de faire quant à la qualité du livre et son intérêt. Quoique avec la dernière scène, choc et pas très chic, Agustina Bezterrica montre bien que c'est la surenchère dans la provocation et le sordide qui fait sa marque de fabrique.

 

 

L'auteure :

 

Agustina Bezterrica est née en 1974 à Buenos Aires.

 


13/09/2019
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Un pays d'orphelins (Des hommes en noir)

Au-delà de son célèbre Prix Nobel, et pour ne parler que des écrivains en activité, la Colombie reste une terre littéraire luxuriante avec Abad, Franco, Restrepo, Vasquez, entre autres (la liste est longue). Et le plus noir de tous, peut-être, Santiago Gamboa, avec lequel le lecteur le plus exigeant est rarement déçu. Des hommes en noir se situe dans la Colombie d'aujourd'hui, qui tente de se remettre de décennies de violences. Le temps des FARC et des cartels de drogue est révolu ? Oui, en apparence, mais les séquelles sont encore vives et l'écart entre riches et pauvres (indiens, métis, paysans) n'a jamais été aussi béant. Des hommes en noir est un thriller, certes, mais c'est aussi et peut-être surtout un portrait âpre d'un pays d'orphelins où un grand nombre parmi les plus démunis se jette dans les bras d'églises évangéliques sans foi ni loi, trop heureuses de profiter de la crédulité de certains. Le roman de Gamboa, comme son titre l'indique, est très noir mais il est aussi saupoudré d'humour et avant tout extrêmement humain. L'auteur réussit d'ailleurs à nous faire suivre deux enquêtes en parallèle, l'une conduite par un procureur, l'autre par une journaliste, émaillant son texte de nombreux détails psychologiques et comportementaux les concernant, souci que l'on retrouve même dans des personnages secondaires y compris les deux "méchants" du livre loin d'être unidimensionnels. Ce n'est pas tout : Gamboa excelle également dans la description de villes comme Bogota et Cali autant que dans celles de petits villages isolés, sans oublier un passage par Cayenne. La gastronomie et les alcools divers ne sont pas non plus absents d'un livre qui malgré une entame en fanfare se déroule ensuite sur un rythme lancinant et tortueux, pour notre plus grand plaisir. Le paradoxe, en définitive, de ce roman passionnant, est que s'il impressionne par le tableau d'une violence qui semble enracinée pour longtemps en Colombie, il donne aussi très envie de prendre un billet pour Bogota dans les 48 heures. Un aller-retour, quand même, de préférence.

 

 

L'auteur :

 

Santiago Gamboa est né le 30 décembre 1965 à Bogota. Il a publié une douzaine de romans dont Perdre est une question de méthode, Nécropolis 1209 et Prières nocturnes.

 


04/08/2019
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La face sombre d'une île (Captifs au paradis)

Fernando de Noronha est un archipel brésilien situé dans l’océan Atlantique, au large de Natal, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2001. L'île principale de l'archipel porte le même nom et c'est dans cet endroit idyllique, très prisé des surfeurs, que se déroule l'action de Captifs au paradis, le premier livre de fiction du journaliste brésilien Carlos Marcelo, connu dans son pays pour une biographie et un essai sur la musique. Voici un roman à peu près inclassable qui est aussi bien touristique, ethnologique, historique que polar puisque un meurtre a été commis suivi d'un suicide à moins qu'il ne s'agisse d'un double assassinat. Assez complexe dans sa construction, avec un narrateur qui laisse souvent la place à d'autres personnages et de nombreux flashbacks, le livre oscille entre chronique épicée pleine d'humour et tragédie pure, dévoilant la face sombre de l'île. Captifs au paradis est en tous cas constamment captivant, maniant l'ironie et l'érudition, sans jamais perdre de vue une intrigue qui ne délivrera ses vérités qu'en toute dernière extrémité. C'est un roman qui, outre son personnage principal, Tobias, sympathique mais ambigu, avec un passé douloureux, nous présente une galerie de personnages dont les caractères sont suffisamment étoffés pour exister vraiment (ce qui est somme toute pas si fréquent dans la littérature contemporaine) : la soeur, la fille et l'épouse décédée de Tobias ; des autochtones hauts en couleur, un policier, une restauratrice, un militaire, un médecin, un philosophe. Les nuances dans le récit, entre chaleur exubérante et noirceur font tout le prix de ce roman qui réussit à la fois le portrait d'un lieu isolé et très spécifique et qui pourtant contient quelques uns des attraits et des dysfonctionnements symptomatiques du Brésil. De la verve, du mystère et du dépaysement : le cocktail est presque aussi enivrant qu'une fraîche caïpirinha.

 

 

L'auteur :

 

Carlos Marcelo est né le 2 septembre 1970 à Joao Pessoa (Brésil). Il a publié une biographie et un essai.

 


01/08/2019
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Aux sources de la tragédie (Sous la grande roue)

La littérature contemporaine argentine au féminin se porte très bien et affiche une diversité de talents que bien des pays pourraient lui envier. Lucia Puenzo, Elsa Osorio, Samanta Schweblin, Eugenia Almeida et Claudia Pineiro en sont quelques unes des figures marquantes, sans oublier Selva Almada, dont on a déjà pu lire Après l'orage et Les jeunes mortes. S'il ne nous parvient qu'aujourd'hui, Sous la grande roue a été publié en Argentine entre les deux livres précités sous le titre Ladrilleros (briquetiers) qui fait allusion au métier des deux pères des jeunes "héros" du roman. Sous la grande roue commence comme une tragédie grecque ou encore un western, avec deux garçons qui gisent au beau milieu d'une fête foraine, se vidant peu à peu de leur sang. Le style très visuel de la romancière, et souvent crue, accompagne alors une batterie de flashbacks, dans un savant désordre chronologique, afin de remonter aux sources du drame. L'action de l'ouvrage se situe dans la province d'Entre Rios, au nord de Buenos Aires et à l'ouest de l'Uruguay, sur une terre aride où chaleur et alcool exacerbent les animosités et les rancoeurs. Sous la grande roue est une histoire de violence et d'hérédité plus ou moins consciente et surtout de machisme, où l'on se bagarre souvent pour montrer aux autres et à soi-même que l'on est un homme, un vrai. La plume de Selva Almada est aiguisée et clinique, il y manque peut-être un semblant d'émotion et d'empathie pour ses personnages, voire d'humour, pour que l'on soit entièrement conquis. Mais elle ne dépare dans la constellation des autrices argentines et mérite que l'on suive attentivement la suite de sa production (elle a 46 ans).

 

 

L'autrice :

 

Selva Almada est née le 1er janvier 1973 à Villa Elisa (Argentine). Elle a publié Après l'orage et Les jeunes mortes.

 


21/06/2019
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Cette sacrée vérité (Les deux vies de Sofia)

Les amateurs de grand romanesque doivent se jeter toutes affaires cessantes sur Les deux vies de Sofia du Brésilien Ronaldo Wrobel : ils ne seront pas déçus et en auront pour leur argent. Voire plus qu'ils n'escomptaient car l'intrigue n'a pas peur de l'invraisemblable avec deux de ses personnages principaux qui approchent doucement de leur 100ème anniversaire. Entre l'Allemagne nazie, notamment avant la deuxième guerre mondiale, et Rio, en 2013, les péripéties se succèdent sur un rythme échevelé, oscillant entre le drame et le baroque, avec un soupçon d'humour. Mais au fond, ce sont la mémoire, la transmission et la vérité qui sont les vrais sujets d'un livre qui porte le titre de La romance inachevée de Sofia Stern en portugais. La quête de vérité, donc, qui est le souci premier du narrateur du livre, petit-fils de Sonia, qui a bien du mal à démêler le vrai du faux dans les souvenirs et les dires flottants de sa grand-mère. Le roman est facile à lire, avec son style clair et sans affèteries, dans un tempo de thriller qui ménage le suspense jusqu'au bout avec un twist final que les plus malins auront peut-être suspecté à l'avance. Mais en définitive, ladite Sonia conserve beaucoup de son mystère et c'est très bien ainsi.

 

 

L'auteur :

 

Ronaldo Wrobel est né en 1968 à Rio. Il a publié plusieurs romans dont Traduire Hannah.

 


05/06/2019
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L'hypocondriaque et le thaumaturge (Une santé de fer)

Dans le droit fil des précédents romans de l'uruguayen Pablo Casacuberta, et notamment Scipion, Une santé de fer est une introspection à la fois dense et raffinée d'un personnage, Tobias, pour le moins torturé et qui, à 50 ans (La mediana edad, comme le dit le titre original), n'a encore eu que peu maille à partir avec la vie réelle. En effet, notre homme, décrit physiquement comme une sorte de viking, vit avec sa mère, adepte de spiritisme, et n'exerce aucune profession, vivant sur une maigre pension qui continue à être versée après la mort d'un père qu'il n'a pas connu. Singulier héros que ce Tobias, hypocondriaque forcené, qui voit en son homéopathe de médecin un véritable thaumaturge et, accessoirement, un père de substitution. Alors, quand ce dernier connait une crise existentielle, ce cher Tobias ne peut qu'en être gravement affecté. Le livre se situe entièrement dans l'esprit embrumé du susnommé lequel non seulement commente les événements au fur à mesure qu'ils se déroulent, au cours d'une unique journée, mais digresse sans cesse par association d'idées dans son passé et sur le sens de sa propre existence. Avec un humour subtil et une écriture irréprochable, Pablo Casacuberta nous enferme 200 pages durant dans les pensées labyrinthiques de son malade imaginaire et l'expérience est à vrai dire assez amusante au début mais ne résiste pas à la longue à l'usure de ce qui est avant tout un exercice de style. A moins d'être fasciné par la vie intérieure de Tobias, l'ennui pointe le bout de son nez et persiste pour le lecteur prisonnier du roman comme d'un marais stagnant. Avec en sus la désagréable impression d'être obligé de lâcher traitreusement Tobias en cours de route, comme lorsqu'on assiste impuissant à la conversation certes intéressante mais au final assommante d'un ami bien trop bavard.

 

 

L'auteur :

 

Pablo Casacuberta est né en 1969 à Montevideo. Il a publié 8 romans dont Ici et maintenant et Scipion.

 


26/05/2019
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Les petits voleurs (Invisibles)

Pour qui est familier de l'univers de Lucia Puenzo, la cinéaste de XXY et la romancière de Wakolda, la découverte de Invisibles, son dernier livre, a de quoi surprendre. Plutôt adepte des drames psychologiques, elle a cette fois opté pour un tempo de thriller qui s'adapte parfaitement à son sujet et à ses personnages, deux adolescents et un enfant de 6 ans, des petits voleurs de rue amenés à agir sur ordre de leur commanditaire dans une zone sécurisée de la côte uruguayenne, habitée par de riches privilégiés. Ce genre d'endroit a d'ailleurs été souvent décrit par la littérature (Bétibou) et le cinéma (la Zona) latino-américains, mais plutôt dans leur version urbaine. Si Invisibles est doté d'un rythme rapide, ce qui frappe davantage est le portrait de ses trois "héros" privés d'enfance et d'innocence, habitués à évoluer en mode survie et conscients de leur statut de marginaux, manipulables à merci et jetables à plus ou moins long terme. Et l'on retrouve dans ces profils une Lucia Puenzo familière, autant intéressée par l'enfance, la puberté et l'adolescence que sensible à des préoccupations sociales dans un pays, l'Argentine, où les inégalités atteignent des sommets. Souvent très dur, le livre se caractérise aussi par des instants de tendresse volés et quelques passages empruntés au réalisme magique, voire au fantastique. Au début de sa carrière, Lucia Puenzo a tourné un court-métrage intitulé Los invisibles. Etait-ce la préfiguration de son roman ? Aucune biographie ne le précise.

 

 

L'autrice :

 

Lucia Puenzo est née le 28 novembre 1976. Elle a publié 5 romans dont L'enfant poisson et Wakolda.

 


23/05/2019
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Secrets codés (La fille du cryptographe)

Comment ? Encore un écrivain argentin qui écrit sur les années de dictature ? Oui, le traumatisme stagne toujours comme une eau marécageuse et comment pourrait-il en être autrement avec cette période noire de l'histoire de l'Argentine dont le pays est loin d'avoir fait le deuil ? La fille du cryptographe commence en 1968, année mondiale de troubles, et le portrait du narrateur se dessine progressivement. Un garçon irrésolu, attiré par la cryptographie et qui tombe coup sur coup sous le charme d'un professeur charismatique et d'une jeune femme insaisissable. Deux personnages qui seront omniprésents dans sa vie, d'abord au temps de la création d'un club secret très particulier puis au service, à contrecoeur, de la junte militaire. Tout le livre baigne dans un climat de secrets, de rivalités, de soupçons, de délations et de trahisons. Une atmosphère fascinante et brumeuse accentuée par une narration qui se fait souvent allusive et garde une large part de mystère. Ce parti pris peut d'ailleurs indisposer les lecteurs impatients de voir les situations évoluer avec davantage de célérité et sur un mode moins obscur. Le roman de Pablo De Santis est pourtant un modèle de construction qui distille ses informations, codées ou non, au fil des pages, les moindres détails de l'intrigue pouvant revenir à la surface quelque temps plus tard. Il y a dans La fille du cryptographe un parfum de film noir, un brin opaque et délétère, avec une forme de suspense psychologique et romantique, qui mérite les efforts consentis pour être décrypté.

 

 

L'auteur :

 

Pablo De Santis est né le 27 février 1963 à Buenos Aires. Il a publié 13 romans dont La traduction et Crimes et jardins.

 


20/11/2018
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Génération perdue (Minuit vingt)

Quand un ami de jeunesse meurt prématurément, même s'il n'était plus aussi proche qu'avant, il est inévitable de se souvenir et de se demander ce que l'on a fait de sa propre vie et quand on a commencé de trahir peu ou prou ses idéaux. C'est à ce moment précis d'auto-analyse que se trouvent les trois personnages principaux, et les narrateurs successifs de Minuit vingt. Un livre sombre, signé du jeune auteur brésilien Daniel Galera, dont il est probable qu'il recèle une grande part autobiographique. Le roman est relativement court mais très dense, surfant entre des flashbacks du passage au nouveau millénaire à 2014, d'une aventure collective d'une époque excitante à une réalité individuelle déprimante. Point de linéarité donc dans Minuit vingt où l'auteur brasse tout un tas de thèmes générationnels d'où sourd une inquiétude rampante, celle de la fin d'un monde et l'avènement d'un nouveau à moins qu'il ne soit qu'une préfiguration de l'apocalypse. Malgré de nombreuses digressions et une noirceur presque intégrale, le livre convainc et séduit en grande partie par sa sincérité et son honnêteté aussi douloureuse et parfois accablante soit-elle. Une radiographie d'une jeunesse perdue soit un thème assez rebattu mais renouvelé par le style délié et la pertinence de Galera, indubitablement doué pour questionner l'air du temps et l'évolution de la société brésilienne (à l'heure des élections dans le pays, le roman n'en est que plus congru et lucide).

 

 

L'auteur :

Daniel Galera est né en 1979 à Sao Paulo. Il a publié Paluche et La barbe ensanglantée.

 


06/11/2018
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Les braises de la passion (Sympathie pour le démon)

Auteur souvent passionnant, volontiers expérimental, le brésilien Bernardo Carvalho réalise une sorte de tour de force avec Sympathie pour le démon, oeuvre exigeante dont la lecture peut aussi se révéler lassante à force de ressasser, d'analyser et d'approfondir son thème majeur : la passion amoureuse. Le début du livre semble pourtant partir dans une toute autre direction avec la découverte d'un personnage singulier, Le Rat, qui travaille dans une ONG et s'est spécialisé dans les missions difficiles, principalement en zone de guerre. Mais à un moment, le livre bascule vers la confession de son principal protagoniste : le récit de la liaison toxique du Rat avec un autre homme, surnommé le chihuahua, sous le regard d'un troisième larron, compagnon du second, appelé le Clown. C'est avec une plume quasi proustienne que Carvalho décortique dans ses mille et une facettes, cette relation avec ce qu'il faut bien appeler un pervers narcissique, qui n'arrête pas de souffler le chaud et le froid pour attiser ou éteindre les braises de la passion. Il n'y a pas de progression dramatique à proprement parler dans Sympathie pour le démon mais une analyse exhaustive et au final épuisante des ressorts de cette fièvre amoureuse et de cette aliénation sentimentale. Une impressionnante démonstration littéraire, sans doute, mais répétitive et en définitive un peu ennuyeuse.

 

 

L'auteur :

 

Bernardo Carvalho est né le 5 septembre 1960 à Rio de Janeiro. Il a notamment écrit Le soleil se couche à Sao Paulo, 'Ta mère et Reproduction.

 


29/09/2018
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